• Gustave Estadès était dans la même cellule de la Gestapo que Gaston Valois. Ce dernier ayant été reconduit dans sa cellule à demi-mort après une longue séance de torture, il va l'aider  se suicider, afin qu'il ne parle pas. 

    " Dans la matinée du 28 novembre, j'appris le nom de la troisième personne : c'était le Docteur Valois. A 19h30, on appela le docteur pour l'interrogatoire (..). Vers 5 heures, la porte s'ouvrit et le docteur Valois entra, portant deux coussins d'un divan que les gens de la Gestapo, après l'avoir torturé, lui donnèrent pour qu'il soit moins au dur pour dormir. (...) "Regarde dans quel état ils m'ont mis". Ses jambes étaient enflées, ses fesses, son corps n'étaient qu'une plaie (...). "J'ai décidé d'en finir. Je ne me sens pas le courage d'affronter un autre interrogatoire comme celui que je viens de subir et j'ai peur de ne pouvoir résister". Il est 6 heures environ. "Je vais m'allonger ; je vais m'ouvrir les artères. Le docteur fit une première incision. Les chairs s'écartèrent. Rien. Pas assez profond. Une deuxième incision. Toujours rien. A la troisième, le sang gicla si fort que je ne pus me rejeter en arrière assez vite et son sang m'inonda de la tête aux pieds. Le sang coulait abondamment et sur le glacis de la cellule donnait l'impression d'un robinet ouvert. (...) Ce n'est que vers 7h30 que la porte s'ouvrit, que les gens de la Gestapo regardèrent et que l'on nous fit sortir pour nous emmener au 5ème étage. Le corps du docteur ne fut enveloppé par un camarade, Edmond Gallet d'Entraigues, que le mardi 30 novembre. Ensuite, la Gestapo l'emmena et nous ne sûmes plus rien. 

    Gustave Estadès, 29 novembre 1986. 

     

    (Source : Gaston Valois : La République à en mourir. Gil Emprin) 

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  • Le personnage de Paulette Jacquier (Marie-Jeanne) rappelle un peu celui d'une "Jeanne d'Arc volontaire et courageuse. Paulette Jacquier habite La Frette. Cette membre de Jeunesse ouvrière chrétienne qui a 22 ans en 1940 fait très vite partie du noyau primitif du groupe franc de La Frette pris en main par Roger du Marais. Elle commence à ce moment-là son action d(agent de liaison du GF Guy-Roger. Mais très vite, elle se met à travailler avec un peu tout le monde : avec le Secteur III des Chambaran, avec le GF Max, en plus de son travail avec Guy-Roger.

    Focus sur : Paulette Jacquier

    Toujours perchée sur sa bicyclette, cette fille de paysan cache dans son petit sac en perles un revolver qu'elle n'hésite pas à sortir si nécessaire. Elle arpente les chemins de terre qu'elle seule connaît, la nuit, accomplissant un travail exemplaire. Elle rend à de nombreuses reprises des services considérables au GF Guy-Roger, notamment en établissant des contacts avec le Vercors, ce qui servira au groupe pour se procurer des armes. En échange de leurs armes anglaises, elle propose aux Résistants du Vercors du tabac récupéré lors d'un coup de main sur un train à destination de l'Allemagne. Mais c'est surtout dans la période juillet-août 1944 qu'elle fait preuve d'un courage exemplaire.

    Arrêtée le 13 juillet par l'expédition allemande qui mène des représailles sur le village de La Frette, elle est emmenée à l'Ecole supérieure des filles de Bourgoin. Elle s'en échappe miraculeusement grâce à la complicité d'un soldat polonais. Mais elle se blesse en s'évadant par la fenêtre. Par une liaison, Guy parvient à la récupérer sur la route de Bourgoin : "elle a été torturée, elle saigne des pieds  à la tête. Mais elle veut revoir La Frette et réconforter sa mère et ses amis, son père ayant été fusillé" et sa maison brûlée. Guy poursuit : " nous avons passé la nuit dans une grange près de chez elle." Lorsque le GF Guy-Roger s'installe vers La-Côte-Saint-André, elle passe alors du côté des Chambaran et devient chef d'un groupe du Secteur III.

    Focus sur : Paulette Jacquier

    Elle entravera, au moment de la Libération, la marche d'un convoi allemand qui, le 21 août, voyant la partie perdue, tentait de regagner Lyon. (...) Elle contre-attaquera à la grenade pour tenter de dégager ses compagnons coupés par le feu des mortiers, permettant ainsi le décrochage des maquisards dont les pertes seront faibles." De Gaulle la décorera lors de son passage à Lyon peu après la Libération, rendant ainsi hommage à cette femme au courage et à la générosité hors normes.

    (Sources : La Résistance en Chartreuse : Voiron, Voreppe, Rives, Saint-Laurent-du-Pont (1940-1944) - Jean-Philippe Landru ; Mappy.com)

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  • Focus sur : Voiron (Secteur II ; centre de la Chartreuse)

     

    Focus sur : Voiron (Secteur II ; centre de la Chartreuse)

    Trois actions directes sont entreprises dès 1943 : 

    • La bombe posée au restaurant Chauffour, dans la Grande Rue, lieu habituel de rencontre des collaborateurs voironnais,
    • La tentative de sabotage en juin 1943 du Petit Voironnais. Mais la bombe que l'on veut à l'origine faire passer par le soupirail est trop grosse ! elle est donc déposée à la va-vite dans le couloir d'à-côté. Le Petit Voironnais n'essuie que des dégâts matériels...tout comme la rue des Terreaux qui a tous ses carreaux cassés. En représailles, la Milice va poser des bombes chez des Résistants présumés, dont Raymond Tézier, déjà parti dans le Vercors,
    • Il s'agit de détruire le local de la Milice, rue Dode, durant un rassemblement des chefs miliciens. Le 5 septembre 1943 à 10 heures, le local saute sans  que personne ne s'y trouve. Aucune réunion n'a finalement été programmée ce jour-là. L'attentat rate à dix minutes près l'un des chefs de la Milice de Voiron, Frizon, qui reçoit la porte sur les pieds.

    Le 30 novembre 1943, Frier est arrêté à son cabinet, victime des opérations de la "Saint-Barthélémy grenobloise". Le colonel Guillon, révoqué de la gendarmerie à Lyon à cause de ses idées gaullistes, et arrivé à Voiron en février 1941, a eu de nombreux contacts avec Frier ; il est précieux par les liens qu'il parvient à nouer avec les gendarmes des différents sous-secteurs. C'est pourquoi on pense naturellement à lui pour prendre la place de Frier. Mais il décline l'offre. Après avoir essuyé d'autres refus, l'état-major départemental nomme finalement Blaise Giraudi, un jeune homme de 21 ans.

    (...)

    Sources : La Résistance en Chartreuse (Voiron, Voreppe, Rives, Saint-Laurent-du-Pont : 1940-1944) - Jean-Philippe Landru ; Mappy.com

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  • Alors que la Résistance locale commence à s'organiser, l'épisode de la "Saint-Barthélémy grenobloise" en décapite les têtes naissantes : dix responsables sont assassinés et, pour notre secteur, Frier est arrêté le 30 novembre, puis déporté.

    Ce contrecoup ne stoppe pas pour autant la motivation de ceux qui veulent agir contre les nazis. Une semaine après ces arrestations, la Résistance parachève un travail commencé une quinzaine de jours auparavant avec la complicité d'Aloyzi Kospicki, un Résistant polonais, elle fait exploser le 2 décembre 1943 la caserne de Bonne où sont entreposées les armes des Allemands, démontrant à l'occupant nouvellement arrivé que malgré ses exactions, les arrestations massives, la Résistance iséroise ne s'en laisse as compter. Suite à cet acte, l'opinion publique est stupéfiée : la Résistance n'est pas morte, elle est prête à rebondir.

    Le bras de fer entre les Grenoblois (qui sont 2.000 à défiler le 11 novembre 1943) et les Allemands (qui ont arrêté 600 hommes à l'occasion de cette manifestation et en ont déporté 375) se cristallise autour de ces actes de résistance et se poursuivra durant toute l'occupation.

    Si les responsables locaux de la Résistance sont sous le choc de la vague d'arrestations, cela n'empêche pas la tenue d'une réunion dont le nom de code est "Monaco" : dix responsables départementaux de tous bords se réunissent le 25 janvier 1944 à l'hôtel de la Poste de Méaudre pour mettre en place le Comité Départemental de la Libération Nationale et déjà désigner l'un de ses membres (Albert Reynier) comme futur préfet de l'Isère. Les FFI, qui ont pour vocation de fédérer tous les mouvements de Résistance, sont créés dans le département et Albert Séguin de Reyniès en est officiellement nommé chef départemental le 10 février 1944. Mais il tombe dans les mains de l'ennemi moins de trois mois après, et disparaît le 6 mai 1944. C'est Alain Le Ray, chef militaire du Vercors, qui le remplace jusqu'à la Libération.

    La Chartreuse et la Résistance, époque II : novembre 1943 - juin 1944

    La Chartreuse et la Résistance, époque II : novembre 1943 - juin 1944

    La Chartreuse et la Résistance, époque II : novembre 1943 - juin 1944

    Une Résistance bicéphale se dessine peu à peu. D'un côté, celle de l'ORA (Organisation de Résistance de l'Armée)-AS, constituée de militaires demandant du temps pour préparer les combats de la Libération lorsque sera donné le mot d'ordre de Londres. De l'autre, celle des partisans de l'action et de la guérilla, groupes francs, Francs-Tireurs et Partisans qui, au contraire, ont objectif l'action immédiate. Cette divergence dans les approches du combat ne peut qu'entraîner des tensions.

    (...)

    Sources : La Résistance en Chartreuse (Voiron, Voreppe, Rives, Saint-Laurent-du-Pont : 1940-1944) - Jean-Philippe Landru ; Mappy.com.

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  • Avant novembre 1943 : les initiateurs

    Durant la seconde moitié de l'année 1942, les mécanismes organisationnels de la résistance nationale commencent tout juste à se mettre en place. Au niveau local, même si une poignée d'hommes (Durand, Berfini, Frier et Weber) ont réussi à organiser différents mouvements locaux, la Résistance prend principalement la forme de réseaux indépendants qui, par relations interindividuelles, sportives ou professionnelles, s'organisent spontanément en petits groupes de personnes.

    Il semble à beaucoup d'entre eux presque normal de faire de la Résistance. Ces actions sont variées : inscrire des V ou des croix de Lorraine sur les murs, à côté des gammas de la milice à Voiron ; faire marcher la radio de Londres à Voreppe ; porter une chemise sur laquelle est inscrit : "Merde aux Boches !" ; coller des affiches ; distribuer clandestinement des journaux et des tracts ronéotypés ou imprimés en les passant sous le manteau dans les usines et quelquefois comme à Voiron, en les jetant à travers le balcon de la salle du cinéma central, etc...

    La Chartreuse et la Résistance, époque I : Georges Frier et Edgar Kopfler

    Dès août 1942, sous l'impulsion de Georges Frier, chirurgien-dentiste à Voiron, cette Résistance civile et les premiers mouvements de Résistance déjà évoqués tentent de se fédérer. Frier prend des contacts dans chaque sous-secteur, met en place des relais et monte l'organisation de la Résistance du secteur. Il est aussi en relation avec la Résistance de Grenoble.

    Cet homme de compromis, peu politisé et auquel on ne connait pas d'ennemis, est désigné officiellement comme responsable MUR (Mouvement Uni de la Résistance) au printemps 1943.

    Frier est aidé dans cette tâche par Edgar Kopfler (Seigle), responsable de l'AS (Armée Secrète), professeur de lettres juif d'origine roumaine. Il accueille dans sa maison de l'avenue Dausset à Voiron des juifs et des Résistants, en partie grâce à l'aide de ses voisins, la famille Chenot. C'est un Saint-Cyrien, ce qui explique sa responsabilité dans l'Armée Secrète. Il s'engage totalement dans la tâche qui consiste à préparer l'armée de libération mais n'a malheureusement pas de temps de faire tout le travail auquel il se destine, puisqu'il juge préférable de monter à Paris quelques temps après la "Saint-Barthélémy grenobloise", vers janvier 1944, pour se faire oublier.

    Sources : La Résistance en Charteuse (Voiron, Voreppe, Rives, Saint-Laurent-du-Pont, 1940-1944) - Jean-Philippe Landru ; Mappy.com.

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