• Retour sur l'année 2015 : la ville de Saint-Martin d'Hères célébrait les 70 ans de la victoire sur le nazisme, en rendant hommage à des Résistants isérois. Des portraits étaient affichés sur quelques bâtiments de la ville.

    Saint-Martin d'Hères

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  • Arrêté le 17 mai 1944 et exécuté le 21 juillet, Marco Lipszyc fait partie des figures de la Résistance ayant marqué la ville de Grenoble. Quel fut son parcours avant son entrée dans la Résistance ? Claude Collin tente de reconstituer son parcours.

     

    Dès le départ, les renseignements dont on dispose sur Marco Lipszyc, comme ceux qui concernent son identité, sont sujets à caution. Selon un extrait de son bulletin de naissance, établi à Lodz (Pologne), il aurait vu le jour le 26 novembre 1912 dans cette ville, et aurait reçu les prénoms de Mordeha et Wolf, soit un prénom juif et un prénom allemand. (...) Sur des demandes de papiers d'identité établies en 1938 à Paris et Grenoble, on trouve Mordka et Mordko. A partir de la mobilisation de 1939, le prénom systématiquement utilisé est Marco.

    (...)

    Ses parents étaient d'origine juive, même s'ils s'étaient convertis - ce qui est peu vraisemblable - à la religion protestante. Sa famille appartenait à la petite bourgeoisie : Marco avait tenté de la "prolétariser", en déclarant son père "fonctionnaire". Une partie de la famille paternelle était venue s'établir en France avant la guerre de 1914, au cours de laquelle un des oncles de Marco aurait été tué. 

    (...)

    C'est dans une Pologne en crise, au sortir de la première guerre mondiale (croissance au ralenti, crise de 1929-1930, régime autoritaire), que Marco grandit : il obtient son Bac en juin 1930, à 17 ans. Selon Jean Rolland, son beau-frère à qui Marco s'est en partie confié, il aurait été déjà membre d'une organisation politique de jeunesse intitulée ZMR (Zwiazek Mliodziezy Robotniczej) soit Union de la Jeunesse Ouvrière, structure liée au Parti Socialiste Polonais. Mais très vite, le jeune semble se tourner vers le mouvement communiste.

    (...)

    Le régime du maréchal Pilsudski, au pouvoir en Pologne depuis 1926, se caractérise par son autoritarisme, mais aussi par les mesures restrictives qu'il adopte vis-à-vis de la population d'origine juive. Si un véritable numerus clausus n'existe pas en Pologne, il n'empêche que les étudiants juifs sont le plus souvent l'objet de brimades et de vexations à l'université. C'est sans la raison pour laquelle Marco s'inscrit à l'université de Tchécoslovaquie, un des rares pays véritablement démocratiques de la région. (...) Alors que la mémoire de la famille française de Marco situait ses études à Brno, de récentes recherches effectuées par sa petite fille ont révélé qu'elles avaient eu lieu à Prague. Toujours est-il que, s'il entreprend bien des études de médecine à l'université de Prague, il n'en reste pas moins un militant. Il rentre sans doute périodiquement à Lodz. La Tchécoslovaquie, qui jouit de davantage de libertés, héberge nombre de réfugiés politiques des pays voisins. C'est aussi dans ce pays que toute une littérature révolutionnaire est imprimée. Là encore, pure supposition, mais qui n'est ni irréaliste, ni invraisemblable, Marco pourrait être un "porteur de valises" rapportant par exemple de la littérature communiste en Pologne. En 1932 ou 1933, il est en effet arrêté et "fait un long séjour dans une prison polonaise pour activité subversive", selon les dires de son beau-frère. Le motif exact de cet emprisonnement n'est pas connu, mais on sait qu'il marque le jeune homme (...) au point qu'il préférerait se faire tuer plutôt que d'être arrêté de nouveau.

    On retrouve Marco à Paris en octobre 1933 et ne retournera jamais en Pologne. On peut s'interroger sur ce départ qui a des allures de fuite, alors qu'il est vraisemblablement fiché par la police de la Pologne des colonels.

    (...)

    La période qui s'étend de 1933 à 1937 est à peu près aussi opaque que les précédentes. (...) Il semble pourtant qu'il n'a pas poursuivi ses études. Son beau-frère Jean écrit à ce propos : "Sans ressources, il est obligé de gagner sa vie, par exemple comme cireur de parquets." (...) Il est à peu près sûr qu'à Paris, Marco s'est investi politiquement (...). Il s'engage dans les Brigades internationales en 1937. A l'évidence, entre ces deux dates, il n'est pas resté inactif. A-t-il été en contact avec la section juive de la MOI, la Main d'Oeuvre Immigrée, mise en place par le PCF à la fin des années 1920 pour organiser en "groupes de langues" les communistes étrangers sur le sol français ? Il faut savoir qu'à l'époque, cette organisation structure de façon importante la communauté juive immigrée, en général yiddishophone, et joue un rôle capital d'encadrement. Marco, qui manifestement semble vouloir s'affranchir de sa judéité et ne parle peut-être pas le yiddish, militerait plutôt dans la section polonaise.

    (...)

    C'est sans doute en 1937 que Marco s'engage aux côtés des républicains espagnols. (...) Dans son numéro du 16 mai 1945, le Travailleur alpin, à l'époque quotidien du PCF de l'Isère, déclare : "En 1937, à vingt-quatre ans, au moment où les républicains espagnols reculaient faute d'armes, il réussit, à l'insu de l'équipage et avec la complicité du seul capitaine, à détourner un cargo hollandais qui transportait des armes à Franco. Il parvint à franchir le détroit de Gibraltar en trompant les navires de guerre français et à mener la précieuse cargaison dans le port républicain de Valence." Marco était-il responsable de cette opération, comme le laisse entendre le travailleur alpin, ou a-t-il seulement participé à ce détournement, comme l'écrit Jean Rolland ? Une question de plus sans réponse.

    (...)

    Marco revient à Paris au cours de l'été 1938. Il est alors envoyé à Grenoble. En raison d'une "maladie pulmonaire", il est envoyé se reposer en montagne. Une facture de pension atteste de sa présence à l'hôtel des Glaciers à Pinsot (à côté d'Allevard-les-Bains) du 1er août au 20 septembre.

    Portrait de Marco Lipszyc, patron des Francs-Tireurs et Partisans de l'Isère

     

    (Source : Marco Lipszyc - Etranger et notre frère pourtant, de Claude Collin)

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  • La directrice de cet établissement de St-Martin d'Hères, Claire Darré-Touche, collaborait avec zèle. Le 5 mars 1943, quatre hommes du Groupe-Franc de Louis Clavel ("Petit Louis") pénètrent dans la distillerie, obligent quatre employés à les diriger vers le dépôt d'essence et s'emparent de cinq pipes de 200 litres d'essence. Quelques jours plus tard, ces même hommes s'emparent d'un camion contenant cinq tonnes de sucre. Ces butins étaient destinés soit au maquis, soit à des familles nécessiteuses connues des Résistants. Extrit du récit de la première opération :

    "(...) Le personnel est rassemblé dans la cour. Et c'est ainsi que directeur, employés et dactylos, groupés aux premières loges, assistent au déroulement de l'opération : les camions traversent la cour, manoeuvrent, s'alignent à quai. Dix gars armés sautent à terre, relèvent les bâches. Déjà, les ouvriers ont compris. Spontanément, ils se précipitent pour les aider. La chaîne de leurs bonnes volontés et de leurs bras ont tôt fait de charger à bord des véhicules 20 "pipes" du précieux carburant. Un petit maquisard blond qui commande d'un ton énergique, suscite l'étonnement des spectateurs. C'est Ariel. Mitraillette au poing, elle règle les détails avec un parfait sang froid. L'intervention allemande peut, d'un instant à l'autre, transformer la cour en champ de bataille. Il faut faire vite ! (...) Maintenant, une pluie de "Gauloises" remercie les ouvriers, dont l'élan patriotique a permis l'extraordinaire record d'enlèvement des fûts (...)".

    A la Libération, un comité de gestion prend en main les destinées de l'usine : Claire Darré-Touche s'enfuit en Suisse. Ses biens sont mis sous séquestre et l'un de ses immeubles de Grenoble est saisi  par le Comité d'Epuration. Un mandat d'arrêt est lancé contre la directrice. Le Comité gérera jusqu'en 1947 ce qui était la première biscuiterie d'Europe. Durant cette période, de nombreuses oeuvres sociales ont été mises en oeuvre par l'entreprise.

    (Sources : Années sombres...Années d'espoir...Saint-Martin d'Hères 1939-1945 - Olivier Vallade ; Liberté provisoire - Lanvin-Lespiau)

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  • Juillet 1940 :

    Dès les premières semaines suivant l'armistice, Pétain, chef du nouvel état français de Vichy, et Pierre Laval, son second, définissent leur projet avant tout par l'exclusion et le début des persécutions de catégories décrites comme "l'Anti-France", qui seraient responsables de la défaite et de ses conséquences. Ainsi, entre mi-juillet et début octobre, plusieurs textes de loi enlèvent leur nationalité aux étrangers naturalisés après 1927 (16 juillet), interdisent la franc-maçonnerie (30 août) et placent les Français juifs dans un statut de sous-citoyen (3 octobre). Quant aux communistes connus, ils sont arrêtés et emprisonnés sans jugement, comme à Fort Barraux (près de Pontcharra), qui devient un camp d'internement. Si elles n'entraînent pas de réaction massive dans la population empêtrée dans ses problèmes, matériels de ravitaillement et les incertitudes sur le sort des prisonniers de guerre (...), ces mesures qui distinguent les Français en fonction de leur origine ou de leurs opinions sont contraires à toute tradition républicaine et reviennent même sur les acquis de 1789.

    Gaston Valois et l'été 1940

    Cet été 1940 est déjà pour les élus locaux le temps des choix décisifs et publics. Cette période est marquée par les premiers refus, en particulier dans les milieux politisés et intellectuels. Gaston Valois est de ceux-là. Anti-communiste notoire avant-guerre, il refuse fin juillet de donner une liste des membres du parti sur sa commune. Lors du conseil municipal qui suit, il recouvre le buste de Marianne d'un crêpe noir.

    (...)

    Septembre 1940 :

    Le 20 septembre, Gaston Valois adresse sa démission au préfet, la confirme en novembre, prétextant l'impossibilité de gérer convenablement le ravitaillement et des dissensions avec les agriculteurs. En fait, quand il annonce sa démission au conseil municipal, il précise qu'il ne veut pas en discuter les raisons. Il quittera effectivement le conseil début 1941, en même temps que les maires qui ont été démis de leurs fonctions et remplacés par des maires désignés par le préfet.

    Valois a choisi de démissionner avant d'être démis. (...) Fidèle à son caractère franc et entier et même un brin provocateur, Valois déteste le nouveau régime et le fait savoir. Il est déjà un dissident ; il va devenir un résistant.

     

    (Sources : mappy.com ; Gaston Valois : La République à en mourir - Gil Emprin)

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  • Selon toutes les sources, après avoir "lâché" son café de l'Ile-Verte, vendu au printemps 1941, il travaille chez un paysan pour piocher des betteraves, puis chez un bûcheron fournissant du bois aux boulangers de Grenoble. Là encore, il peut s'appuyer sur le réseau de connaissances hérité de la SFIO. Il bûcheronne ainsi pour un ancien militant socialiste grenoblois, Chardonnet, sis rue de la Mutualité...Dans le "groupe Martin", Eugène Chavant joue le rôle de "conseil de révision", convoquant et interrogeant les réfractaires au STO dans l'arrière-boutique de la quincaillerie Bouvier-Chichignoud & Allemand, 18 rue Lesdiguières [cf. plan ci-dessous]. Ceux-ci sont alors aiguillés vers le Vercors, gagnant Villard-de-Lans par les cars Huillier mis à la disposition de la Résistance, et affectés à l'un des camps-refuges qui quadrillent le massif au printemps 1943, de la ferme d'Ambel (exploitée par Victor Huillier et ses associés) jusqu'à Méaudre et Corrençon.

    En revanche, Eugène Chavant ne semble pas avoir de relations avec Pierre Dalloz et sa petite équipe, à l'initiative du "projet Montagnards" qui envisage un rôle stratégique pour le Vercors, au moment d'un débarquement allié en Provence. Dalloz, en relation depuis mars 1943 avec Aimé Pupin et Eugène Samuel, affirme n'avoir appris l'existence de Chavant que beaucoup plus tard, en juillet 1944. Les deux hommes, qui ne se rencontreront qu'après la guerre, entretiendront d'ailleurs des relations difficiles...

    L'ancien maire, devenu précocement un clandestin au moins depuis 1942, voit ses conditions de vie bouleversées. Son épouse, qui habite rue Aristide-Bergès à Saint-Martin d'Hères, le voit rarement. Elle passera la plus grande partie du conflit dans un relatif isolement, vivant des produits d'un terrain acquis à La Croix-du-Pâtre, à Saint-Martin d'Hères village, après la vente du café. (...) Eugène Chavant ne se confie guère à ses proches, pas plus à son épouse qu'à son fils. Si celui-ci accomplit quelques missions de courrier ou d'agent de liaison, ce n'est pas le cas de Lucile Chavant. Pour son époux, comme pour la plupart des hommes de sa génération, la Résistance, "c'est une affaire d'hommes parce que c'est une question de confiance". Comme le rappelle encore son fils, qui admet qu'il était "un peu misogyne", "il pensait que les femmes avaient la langue trop longue et qu'elle fonctionnait trop facilement". Cette première expérience de semi-clandestinité est remise en cause par la série d'arrestations qui démantèle au printemps 1943 le premier "Comité de combat" du Vercors. Tour à tour, Léon Martin (le 24 avril), Aimé Pupin, Simon Samuel, Victor Huillier et quatre autres résistants de Grenoble et de Villard-de-Lans (le 28 mai) sont arrêtés par l'armée italienne, jugés et internés pour la plupart à la forteresse de Cuneo, dans le Piémont. Après quelques semaines de flottement, c'est au capitaine Alain Le Ray qu'il incombe de renouer les fils, avec l'aide d'Eugène Samuel, le seul survivant de l'équipe d'Aimé Pupin, et de l'écrivain Jean Prévost, un proche de Pierre Dalloz. Eugène Chavant, qui a échappé aux arrestations et s'est réfugié un temps au chalet du Club alpin de Chamrousse, n'a plus de liaisons Désireux de sortir de son isolement, il redescend à Grenoble et reparaît à quelques endroits sûrs fréquentés depuis l'avant-guerre, comme la boutique d'articles de sports Perrin, dont il connaît le propriétaire, peut-être sympathisant socialiste, selon son fils. Le magasin, square des Postes (aujourd'hui square Léon-Martin), présente l'avantage, précieux dans la vie clandestine, d'avoir plusieurs sorties, parmi lesquelles le boulevard Agutte-Sembat et la rue Lesdiguières. C'est là que s'établit un premier contact avec Le Ray.

    Entrée en Résistance, partie II : Eugène Chavant devient chef civil du Vercors

    Il débouche sur la cooptation d'Eugène Chavant dans le deuxième "Comité de combat" du Vercors, fin juin 1943. Il comprend deux militaires, le capitaine Le Ray et le lieutenant Roland Costa de Beauregard, et trois civils, Eugène Samuel, Jean Prévost et Eugène Chavant (...). C'est seulement à cette date que Chavant, qui s'installe définitivement dans le Vercors en septembre ou octobre, s'impose au premier plan.

    (...) Son destin est indissociable désormais de l'histoire du Vercors résistant. Il est devenu le "patron", appellation respectueuse et familière qu'utiliseront ses hommes pendant comme après la guerre.

     

    (Source : Eugène Chavant, du "poilu" au chef de maquis - Gilles Vergnon)

     

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