• Juillet 1940 :

    Dès les premières semaines suivant l'armistice, Pétain, chef du nouvel état français de Vichy, et Pierre Laval, son second, définissent leur projet avant tout par l'exclusion et le début des persécutions de catégories décrites comme "l'Anti-France", qui seraient responsables de la défaite et de ses conséquences. Ainsi, entre mi-juillet et début octobre, plusieurs textes de loi enlèvent leur nationalité aux étrangers naturalisés après 1927 (16 juillet), interdisent la franc-maçonnerie (30 août) et placent les Français juifs dans un statut de sous-citoyen (3 octobre). Quant aux communistes connus, ils sont arrêtés et emprisonnés sans jugement, comme à Fort Barraux (près de Pontcharra), qui devient un camp d'internement. Si elles n'entraînent pas de réaction massive dans la population empêtrée dans ses problèmes, matériels de ravitaillement et les incertitudes sur le sort des prisonniers de guerre (...), ces mesures qui distinguent les Français en fonction de leur origine ou de leurs opinions sont contraires à toute tradition républicaine et reviennent même sur les acquis de 1789.

    Gaston Valois et l'été 1940

    Cet été 1940 est déjà pour les élus locaux le temps des choix décisifs et publics. Cette période est marquée par les premiers refus, en particulier dans les milieux politisés et intellectuels. Gaston Valois est de ceux-là. Anti-communiste notoire avant-guerre, il refuse fin juillet de donner une liste des membres du parti sur sa commune. Lors du conseil municipal qui suit, il recouvre le buste de Marianne d'un crêpe noir.

    (...)

    Septembre 1940 :

    Le 20 septembre, Gaston Valois adresse sa démission au préfet, la confirme en novembre, prétextant l'impossibilité de gérer convenablement le ravitaillement et des dissensions avec les agriculteurs. En fait, quand il annonce sa démission au conseil municipal, il précise qu'il ne veut pas en discuter les raisons. Il quittera effectivement le conseil début 1941, en même temps que les maires qui ont été démis de leurs fonctions et remplacés par des maires désignés par le préfet.

    Valois a choisi de démissionner avant d'être démis. (...) Fidèle à son caractère franc et entier et même un brin provocateur, Valois déteste le nouveau régime et le fait savoir. Il est déjà un dissident ; il va devenir un résistant.

     

    (Sources : mappy.com ; Gaston Valois : La République à en mourir - Gil Emprin)

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  • Selon toutes les sources, après avoir "lâché" son café de l'Ile-Verte, vendu au printemps 1941, il travaille chez un paysan pour piocher des betteraves, puis chez un bûcheron fournissant du bois aux boulangers de Grenoble. Là encore, il peut s'appuyer sur le réseau de connaissances hérité de la SFIO. Il bûcheronne ainsi pour un ancien militant socialiste grenoblois, Chardonnet, sis rue de la Mutualité...Dans le "groupe Martin", Eugène Chavant joue le rôle de "conseil de révision", convoquant et interrogeant les réfractaires au STO dans l'arrière-boutique de la quincaillerie Bouvier-Chichignoud & Allemand, 18 rue Lesdiguières [cf. plan ci-dessous]. Ceux-ci sont alors aiguillés vers le Vercors, gagnant Villard-de-Lans par les cars Huillier mis à la disposition de la Résistance, et affectés à l'un des camps-refuges qui quadrillent le massif au printemps 1943, de la ferme d'Ambel (exploitée par Victor Huillier et ses associés) jusqu'à Méaudre et Corrençon.

    En revanche, Eugène Chavant ne semble pas avoir de relations avec Pierre Dalloz et sa petite équipe, à l'initiative du "projet Montagnards" qui envisage un rôle stratégique pour le Vercors, au moment d'un débarquement allié en Provence. Dalloz, en relation depuis mars 1943 avec Aimé Pupin et Eugène Samuel, affirme n'avoir appris l'existence de Chavant que beaucoup plus tard, en juillet 1944. Les deux hommes, qui ne se rencontreront qu'après la guerre, entretiendront d'ailleurs des relations difficiles...

    L'ancien maire, devenu précocement un clandestin au moins depuis 1942, voit ses conditions de vie bouleversées. Son épouse, qui habite rue Aristide-Bergès à Saint-Martin d'Hères, le voit rarement. Elle passera la plus grande partie du conflit dans un relatif isolement, vivant des produits d'un terrain acquis à La Croix-du-Pâtre, à Saint-Martin d'Hères village, après la vente du café. (...) Eugène Chavant ne se confie guère à ses proches, pas plus à son épouse qu'à son fils. Si celui-ci accomplit quelques missions de courrier ou d'agent de liaison, ce n'est pas le cas de Lucile Chavant. Pour son époux, comme pour la plupart des hommes de sa génération, la Résistance, "c'est une affaire d'hommes parce que c'est une question de confiance". Comme le rappelle encore son fils, qui admet qu'il était "un peu misogyne", "il pensait que les femmes avaient la langue trop longue et qu'elle fonctionnait trop facilement". Cette première expérience de semi-clandestinité est remise en cause par la série d'arrestations qui démantèle au printemps 1943 le premier "Comité de combat" du Vercors. Tour à tour, Léon Martin (le 24 avril), Aimé Pupin, Simon Samuel, Victor Huillier et quatre autres résistants de Grenoble et de Villard-de-Lans (le 28 mai) sont arrêtés par l'armée italienne, jugés et internés pour la plupart à la forteresse de Cuneo, dans le Piémont. Après quelques semaines de flottement, c'est au capitaine Alain Le Ray qu'il incombe de renouer les fils, avec l'aide d'Eugène Samuel, le seul survivant de l'équipe d'Aimé Pupin, et de l'écrivain Jean Prévost, un proche de Pierre Dalloz. Eugène Chavant, qui a échappé aux arrestations et s'est réfugié un temps au chalet du Club alpin de Chamrousse, n'a plus de liaisons Désireux de sortir de son isolement, il redescend à Grenoble et reparaît à quelques endroits sûrs fréquentés depuis l'avant-guerre, comme la boutique d'articles de sports Perrin, dont il connaît le propriétaire, peut-être sympathisant socialiste, selon son fils. Le magasin, square des Postes (aujourd'hui square Léon-Martin), présente l'avantage, précieux dans la vie clandestine, d'avoir plusieurs sorties, parmi lesquelles le boulevard Agutte-Sembat et la rue Lesdiguières. C'est là que s'établit un premier contact avec Le Ray.

    Entrée en Résistance, partie II : Eugène Chavant devient chef civil du Vercors

    Il débouche sur la cooptation d'Eugène Chavant dans le deuxième "Comité de combat" du Vercors, fin juin 1943. Il comprend deux militaires, le capitaine Le Ray et le lieutenant Roland Costa de Beauregard, et trois civils, Eugène Samuel, Jean Prévost et Eugène Chavant (...). C'est seulement à cette date que Chavant, qui s'installe définitivement dans le Vercors en septembre ou octobre, s'impose au premier plan.

    (...) Son destin est indissociable désormais de l'histoire du Vercors résistant. Il est devenu le "patron", appellation respectueuse et familière qu'utiliseront ses hommes pendant comme après la guerre.

     

    (Source : Eugène Chavant, du "poilu" au chef de maquis - Gilles Vergnon)

     

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  • Focus sur : le Capitaine Stéphane

    Etienne Poiteau (1919-1952) que le maquis appellera "le capitaine Stéphane" est un militaire qui prépare déjà Saint-Cyr à 17 ans. Quand il en sort comme sous-lieutenant, en 1939, c'est pour faire la guerre. Mais la drôle de guerre de 1939 et la débâcle qui s'en suit seront vécues par lui comme un cauchemar.

    Il intègre alors sur sa demande la Légion étrangère et on le voit de décembre 1940 à octobre 1942 parcourir les montagnes marocaines. C'est là, au sein de cette armée mais aussi dans le scoutisme que se forgent ses talents de meneur d'hommes : "je ne conçois le commandement que sous la forme directe et personnelle de la présence sur place".

    Le 11 novembre 1942, Etienne Poiteau est en permission en France lorsque les Allemands envahissent la zone Sud : il décide alors de rejoindre le maquis, pour combattre l'envahisseur de l'intérieur.

    D'abord en Auvergne, puis après un premier séjour dans le massif de Belledonne en octobre 1943, le jeune officier décide de former son propre groupe, une "équipe prête à tout". Il se rend d'abord en Oisans, puis en Chartreuse mais, considérant les Préalpes comme "de vraies souricières", revient dans Belledonne en février 1944.

    Focus sur : le Capitaine Stéphane

    La compagnie Stéphane comptera jusqu'à 136 hommes, répartis en 9 groupes, solidement entraînés à "l'aspect militaire de la Résistance : la guérilla". Elle attaque d'abord la milice installée au château d'Uriage. Au cours de l'été 1944, les hommes à l'étoile verte vont lancer de très nombreuses embuscades contre des convois allemands dans la vallée du Grésivaudan, infligeant de lourdes pertes à l'ennemi.

    Le 25 août 1944, Grenoble et la vallée du Grésivaudan seront totalement libérés. Le capitaine Stéphane poursuivra les Allemands jusqu'en Maurienne et se battra encore pendant tout un hiver.

    Au cours de la guerre d'Indochine, dans la nuit du 4 avril 1952, le capitaine Stéphane tombera, victime d'une embuscade.

     

    (Source : 101 personnages célèbres du Grésivaudan, Daniel Dumas ; Claude Muller ; Georges Salamand)

     

     

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  • Ces Résistants ne sont pas tous isérois. Par contre, ils ont oeuvré en Isère. Voici quelques noms :

    Jean Bistesi : il assure la diffusion et la propagande du journal Combat et aide au camouflage de minerais précieux pour la guerre. Devenu chef de la branche Résstance-Organisation-Propagande, il est assassiné par la milice lors de la Saint-Barthélémy grenobloise, alors qu'il sort de son laboratoire.

    Robert Blum ("Beaudricourt") : Lieutenant-Colonel qui rejoint Grenoble en octobre 1942, après avoir fondé la section varoise de Combat. Il succède à Marie Reynoard à la tête de la section iséroise, après l'arrestation de cette dernière. Son activité ne passant pas inaperçue, Klaus Barbie (responsable de la Gestapo de Lyon) décide d'agir : le 21 janvier 1943, la Gestapo pénètre la zone d'occupation italienne pour se rendre à son domicile et l'arrêter devant sa famille. Son beau-frère, Paul Zigmant (également membre de Combat) est aussi arrêté. Les deux hommes sont conduits à Lyon pour y être interrogés. Détenu à Fresnes, Compiègne, puis Drancy (où Aloïs Brunner le choisit comme "chef commandant juif du bureau du camp"), il est déporté à Auschwitz, où il meurt le 21 janvier 1944.

    Eugène Chavant : agent de maîtrise chez Neyret-Berlier, il est démissionné par Vichy de son poste de maire de Saint-Martin d'Hères. Avec Léon Martin et Aimé Pupin, ils fondent la section grenobloise des Francs-Tireurs. En 1942, il est co-fondateur de "France Combattante", devient membre du Comité Départemental de Libération Nationale et chef civil du Vercors, assurant la logistique des maquisards 

    Malheureusement, il est spectateur malgré lui de l'assaut du 21 juillet par les Allemands et la milice visant à réduire le maquis : il se chargera d'envoyer un télégramme à Londres, signifiant la fin du maquis.

    Louise Collomb : tenancière avec Jacques Collomb du Comptoir Lyonnais, rue Alsace-Lorraine, elle héberge de nombreux juifs et accusés, ainsi que des aviateurs alliés abattus par l'ennemi. Elle participe au sabotage de films de propagande comme à la destruction d'un fichier du STO. Le Comptoir Lyonnais va tenir un rôle important d'informations clandestines avec la zone Nord, car les tracts et journaux en provenance de Lyon y sont déposés. Son fils Roger devient agent de liaison du groupe Combat. au Comptoir Lyonnais. Le 3 octobre 1942, le café est perquisitionné, mais sans aucun résultat. Décédée le 12 août 1958, elle est élevée au titre de Juste des Nations par l'état d'Israël. Henri Delaye : en 1940, il est chef d'escadron et commande le parc régional d'artillerie de Grenoble. Il dit à ses hommes de "dissimuler le maximum d'armes et de munitions, par tous les moyens". Il établit des dépôts clandestins à la Houille Blanche, au quai Créqui, au parc Paul-Mistral et à l'hôtel de la Paix et de la Justice, tandis que les véhicules du parc sont utilisés pour le transport des chefs de la Résistance.

    Georges Duron : il arrive à Grenoble en provenance de Nîmes en 1936. En 1941, il ouvre le Pavillon des Fleurs (place Victor Hugo) avec sa femme. Il vend aussi des timbres et des billets de loterie dans des cafés et des restaurants. Trois miliciens l'arrêtent en novembre 1943 : il se débat, mais est assommé, puis assassiné.

    Gustave Estadès : dessinateur chez Merlin-Gerin, il est un membre actif de la Résistance. Arrêté et torturé par la Gestapo, il aide le Docteur Valois à se suicider, avant d'être déporté. Mais il survivra. Pierre Fugain : il fait partie des premiers lycéens et étudiants à manifester leur rejet de la politique du Maréchal en distribuant de journaux communistes, tels La Relève ou l'Avant-Garde. Arrêté en mars 1941, il est emprisonné à Fort Barraux durant une année, avec d'autres "Français indésirables". Il devient le chef-adjoint du réseau de renseignements Coty qui, entre autres, mettra à jour le code secret de la flotte de guerre allemande. Roger Guigue : employé civil du génie et mécanicien-ajusteur, il est membre des groupes francs. Il participe au camouflage de matériels après 1940. Il est arrêté au salon de coiffure que tient sa femme au 15 rue Brocherie, puis assissiné sur la route de Meylan, sans avoir parlé sous la torture, sauvegardant ainsi le stock d'armes caché.

    Léon Martin : militant socialiste et maire de Grenoble entre 1932 et 1935, puis de 1945 à 1959, il crée une section des Francs-Tireurs. Il contacte Aimé Pupin, le propriétaire du café La Rotonde, près de la gare, en présence de Lucien Hussel et d'Eugène Chavant. A partir de la mise en place du STO en février 1943, le docteur Martin et Aimé Pupin envoient les réfractaires à Villard-de-Lans, Autrans, Méaudre, Allevard, etc...(les cars Huiller facilitant le transport vers les maquis du Vercors). Le 3 mars 1943, Aimé Pupin, Yves Farge (journaliste au Progrès) et Pierre Dalloz se rendent à Villard-de-Lans pour prendre contact avec les hommes de confiance, mais à leur retour, la maison de Pupin est cernée et Mme Pupin est emmenée à la caserne Hoche. Aime Pupin s'installe à Villard et crée le maquis du Vercors.

    Le Capitaine Louis Nal : capitaine d'artillerie en 1939, il est fait prisonnier par les Allemands et est détenu en Silésie, où il contracte la tuberculose. Il est rapatrié en France en décembre 1940 et s'installe à Grenoble. Il devient résistant sous le pseudonyme de "Brunet". Au sein du groupe Combat, il participe à l'organisation des Groupes Francs et veille avec Aimé Requet à la bonne répartition de l'armement détourné. En mai 1944, il devient le chef des Groupes Francs de l'Isère. Il est l'instigateur de la prise d'arme au 7 quai Créqui. Miné par la tuberculose, il suspend ses fonctions, mais sera élu au conseil municipal de Grenoble en 1947.

    Jean Pain : entré dans le mouvement "Combat" en 1942, il est l'adjoint du Docteur Valois. Il est aussi le correspondant à Grenoble du Progrès de Lyon puis au Lyon républicain. Il s'occupe des réfractaires au STO et du Recrutement-Organisation-Propagande (ROP) du département. Il est arrêté au café du Tribunal, place Saint-André. Interrogé, les Allemands retrouvent sur lui un carnet comprenant les noms, les coordonnées et les pseudonymes de Résistants, dont celui du Docteur Valois. Il indique l'une des 'boîtes aux lettres" de la Résistance, rue de Strasbourg. Il est exécuté et retrouvé mort à Voreppe. Jean Perrot : docteur en droit et directeur commercial des établissements Sappey, il rejoint la Résistance en 1942 et devient chef du mouvement Franc-Tireur-Ville et membre du directoire des MUR. A la suite de l'arrestation de Jean Pain et du Docteur Valois, il est interpellé par la Gestapo, puis exécuté.

    Etienne Poitau : il dirige la Compagnie Stéphane, auteur de plus de 70 actions de guerre entre juin et août 1944, dont l'opération du fort de la Bastille le 27 juillet 1944. Alors que les Allemands encerclent le fort et que le Lieutenant François-Henri de Quinsonas ("Fiancey") a été tué, il tire au fusil-mitrailleur d'une crête du mont Jalla : les Allemands refluent. Alain Le Ray : officier des troupes alpines évadé de la forteresse de Colditz. Il prend la tête des Forces Françaises de l'Intérieur suite à l'élimination du capitaine Albert Séguin de Reyniès, le 6 mai 1944. Il en sera le chef à la libération de Grenoble (sous le nom de Bastide). Cf. "Focus sur Alain Le Ray".

    Albert Reynier : nommé instituteur à Grenoble en 1939, il entre à Combat en 1941. Sur le point d'être arrêté au moment de la Saint-Barthélémy grenobloise, il réussit à fuir et se réfugie dans le maquis du Grésivaudan, dont il deviendra le chef militaire au printemps 1944. A la création du Comité Départemental de la Libération Nationale de l'Isère, il est désigné comme futur préfet. Il meurt à Izeaux, en janvier 1949.

    Marie Reynoard : professeur de lettres au lycée de jeunes filles Stendhal, elle favorise la création de Combat en faisant se rencontrer chez elle Henri Frenay (dirigeant du groupe Libération Nationale) et François de Menthon dirigeant du groupe Liberté). Elle dirige la section iséroise du mouvement, jusqu'à son arrestation en mai 1943, et sa déportation en janvier 1944, où elle décède dans d'atroces conditions. Robert Blum (alias "Baudricourt") lui succède, avant d'être arrêté, puis déporté à son tour. Elle est aussi à l'origine de l'Armée Secrète, sous le commmandement de Samuel Job et d'Albert Reynier.

    Albert Seguin de Reyniès : il est désigné pour remplacer Albert Reynier après la Saint-Barthélémy grenobloise. Commandant du 6ème Bataillon de Chasseurs Alpins, il envoie ses hommes encadrer les maquis en Chartreuse et dans le Vercors. Alors qu'il allait relever son courrier à l'Hôtel de la Division Alpine (place de Verdun), il tombe dans un guet-apens le 6 mai 1944. C'est Alain Le Ray qui est nommé Commandant des FFI une semaine plus tard.

     

    Quelques figures de la Résistance iséroise

     

    Paul Vallier (de son vrai nom : Paul Gariboldi) : dessinateur à Merlin-Gerin, il devient membre de Combat en novembre 1942, puis se retrouve à sa tête en juillet 1943. Il a à son actif, avec son ami Jean Bocq, un grand nombre d'actions, dont l'attaque du siège de la Milice et le hold up de la Poste centrale de Grenoble. Il est dénoncé en mars 1944. Dans un garage de Fontaine, lui et Bocq sont attaqués par des hommes de la Milice et de la Waffen SS. Une fusillade éclate : trois miliciens et Bocq sont blessés. Vallier attire sur lui ses agresseurs, permettant à Bocq de fuir, mais le milicien Guy Eclache lui tire dessus et le tue. Gaston Valois : ancien conseiller général radical-socialiste et maire de Tullins, il parvient à réunir Combat, Libération et Francs-Tireurs au sein des MUR (Mouvements Unis de Résistance) en 1943. Il devient membre exécutif du Comité de la France Combattante de l'Isère. Lorsque 10 responsables de l'ensemble des mouvements se réunissent à Méaudre le 25 janvier 1944, ce comité change de nom et devient le Comité Départemental de la Libération Nationale de l'Isère. Il a pour but de préparer à la prise du pouvoir. Arrêté durant la Saint-Barthélémy grenobloise, il est torturé et se suicide en se sectionnant la veine du bras à l'aide d'une lame de rasoir : son corps est enfoui à Corenc et ne sera retrouvé qu'à la Libération.

    Robert Zarb : né à Port-Saïd d'un père maltais citoyen britannique et d'une mère française, Robert Zarb est assigné à résidence à Grenoble, en tant que sujet britannique, lorsque la guerre est déclarée. Il poursuit ses études de médecine commencées à Montpellier et c'est en 1942 qu'il décide de rejoindre le mouvement "Combat".

    Fuyant la zone libre et le risque d'internement administratif de par sa citoyenneté britannique, il passe la ligne de démarcation près de Tours, mais ses cartes d'alimentation portant le cachet de Grenoble le trahisse : la Gestapo l'arrête. Interrogé sous la torture, il ne livrera rien et sera déporté dans le camp de Mathausen en 1943. Les SS utiliseront ses compétences en médecine pour le placer avec d'autres hommes du milieu médical dans le kommando du laboratoire de recherches qu'ils ont nouvellement créé. Lorsque les SS mettront fin aux expériences, Robert Zarb sera affecté à l'infirmerie du camp. Il sauvera Jean Grey d'une mort probable.

    A la libération du camp, les Américains trouvent en lui l'interprète dont ils ont besoin. Il partira en Egypte pour se refaire une santé tout en écrivant son journal de déportation.

    Il reviendra à Grenoble pour achever ses études et exercera toute sa carrière dans la ville. Il décédera en 2003.

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  • (Témoignage de Lucien COLONEL)

    "Il est près de midi lorsque nous débouchons sur la place du parc Paul Mistral, la foule arrive de toutes les voies d'accès sur l'immense place et se regroupe au pied du Monument à la gloire des Diables Bleus. Le service d'ordre est débordé, les manifestants sont près de 2.000, certains déposent des fleurs, un drapeau tricolore est placé dans les bras de la statue de bronze, c'est alors que s'élève, puissante, entonnée par la foule la "Marseillaise", jamais je n'avais entendu notre chant national chanté avec une telle ferveur, c'est un instant pathétique, une immense émotion parcourt la foule, beaucoup sont en larmes, c'est pour moi un instant émouvant et inoubliable.

    C'est alors que pressentant une intervention des Allemands, le lieutenant David, adjoint au commandant de la Gendarmerie de l'Isère monte sur une des bornes bordant le monument et invite la foule à se disperser. Il est suivi dans le même sens par le commissaire Toussaint, qui vient d'arriver avec des renforts, la foule commence alors un mouvement de repli vers la ville.

    Soudain, une détonation retentit, nous apercevons dans le ciel une fusée, c'est alors que surgissent de toutes parts des soldats armés de fusils mitrailleurs (...) accompagnés de policiers de la Gestapo. Déployés en tirailleurs, ils font mouvement d'encerclement : c'est une grande débandade pendant laquelle plusieurs centaines de patriotes parviendront à s'échapper, tandis que la tenaille se referme sur plus d'un millier de manifestants.

    Encerclés, les soldats allemands nous poussent à coups de crosses jusqu'à un enclos ceinturé de barbelés. (...) Au moment de l'envahissement de la place par les soldats allemands, les forces de police et de gendarmerie se trouvaient "prises en sandwich" entre les deux camps. Un massacre venait ainsi d'être évité.

    Les officiers de police et de gendarmerie arrêtés au cours de la manifestation, après des heures detractation, furent libérés. Les commandant Hamann, chef nazi, connu pour ses actes de cruauté avait menacé de les faire fusiller, devant leur incapacité de briser la manifestation.

    (...) Les événements et les arrestations furent vite connus en ville. Dans l'après-midi, des parents de manifestants arrêtés tentèrent de s'approcher du lieu où nous étions détenus, sous la garde de soldats en armes (...). Les Allemands, qui craignaient une nouvelle manifestation, devaient informer la population par haut-parleur, que le moindre rassemblement serait dispersé par le feu de leurs troupes. En fin d'après-midi, les femmes et les enfants de moins de 16 ans furent libérés, nous fûmes alors conduits sous bonne escorte à la caserne de Bonne (...). Le lendemain devait commencer la fouille et les interrogatoires : les hommes âgés et des affectés spéciaux furent relâchés.

     

    Focus sur : la manifestation du 11 novembre 1943 (I)

    Le samedi 13 novembre (...) nous sommes rassemblés à la gare de Grenoble quand, par haut-parleur, quatre noms de captifs sont appelés : ils seront libérés sur le champ. Ce sont 396 Grenoblois qui franchiront la porte du Frontstalag 122, installé dans la caserne de Royallieu, transformé en camp d'internement après la défaite de 1940, pour devenir l'antichambre de la mort.

    immatriculé sous le numéro 20.463, je suis affecté au bâtiment 8, chambre 10, et retrouve 51 Grenoblois. (...)

    Le 16 janvier au matin, je suis appelé parmi tant d'autres, c'est la formation d'un convoi pour l'Allemagne, la plupart des patriotes grenoblois seront du départ. Le 17 janvier, entassés à plus de cent dans les wagons à bestiaux, nous quittons Compiègne, destination Buchenwald, puis Dora, qui sera le tombeau de très nombreux Grenoblois.

     

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