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Anne-Marie Mingat-Lerme, Résistante à vie

Anne-Marie Mingat-Lerme s'engage rapidement dans la résistance iséroise. Domiciliée à Domène (banlieue grenobloise), elle cachera chez elle une jeune fille, Félicia. Voici une partie de son parcours à partir de la fin de l'été 1943, date de la capitulation italienne et du départ de Grenoble des troupes italiennes.

Les troupes alliées ont débarqué en Sicile, puis à Naples. Mussolini a été arrêté et le général Badoglio, en signant un armistice, sort l'Italie de l'alliance avec l'Allemagne. L'armée italienne quitte la zone qu'elle occupait, vite et brutalement remplacée par l'Allemagne. Quelques soldats italiens vont rester et s'engager dans le maquis français, d'autres vont en créer en Italie, la plupart enfin cherchent à rentrer à la maison, dans une incertitude totale sur l'avenir.

Pour les maquisards alpins, très vite attaqués par les Allemands, et pour les Juifs de nouveau traqués, la donne change totalement. Le refuge est devenu un piège, car les Allemands s'appuient sur les collaborateurs du Parti Populaire Français et de la Milice, née en janvier 1943. Les miliciens, minoritaires, détestés dès la création de ce parti politique nazifié, étaient jusqu'alors la cible des Résistants. L'arrivée des Allemands leur donne de l'argent, des armes, du pouvoir. Ils sont les auxiliaires dévoués des nazis pour leur sale besogne : assassinats ciblés de Résistants, arrestations et pillages de familles juives.

C'est dans ce contexte tendu que la famille Przedborski arrive à Domène au tout début de l'année 1944. Leur parcours est emblématique de la fuite sans fin des Juifs étrangers. Venu de Pologne, le couple s'installe à Paris en 1933 avec Félicia, leur fille de deux ans. Ils échappent aux rafles de l'été 1942, mais quittent la capitale pour Toulouse. Après l'invasion de la zone Sud, ils font partie du flux qui fuit la zone allemande pour la région occupée par les Italiens. Assignés à résidence à Saint-Gervais (Haute-Savoie), ils sont surpris par l'effacement italien du 8 septembre, et doivent partir. Leur périple les mène à Lyon, qui grouille d'Allemands, puis à Grenoble, et enfin dans un village plus discret : Domène.

Les parents Przedborski, qui parlent le français avec un fort accent, savent qu'en cas de contrôle le danger est immense. Le père est terrorisé et c'est la mère qui gère la situation, comme elle l'a raconté :

" Nous avons loué une chambre chez un particulier et je suis allé à la mairie pour obtenir des tickets de ravitaillement. Je ne pensais qu'à trouver une cachette pour ma fille, et ensuite pour nous. La secrétaire de mairie m'a paru très sympathique, souriante et gentille. J'ai eu comme une intuition, et sans me rendre compte que ce que je faisais était dangereux, j'ai simplement dit à cette femme charmante : je suis Juive, j'ai une fille unique, 12 ans. Prenez-là, je vous en supplie, car je suis en grand danger. Cette jeune femme a simplement répondu : amenez-moi votre fille, aujourd'hui. Elle l'a gardée jusqu'à la fin de l'Occupation [...] Tout de suite, je me suis trouvée rassurée. Sans savoir pourquoi, j'avais confiance en Anne-Marie. Pour les gens de la localité, Félicia était une petite cousine réfugiée de Paris. Anne-Marie nous a trouvé, pour mon mari et moi, une vieille bâtisse à Domène. Mon mari est resté caché sans jamais sortir. Ma fille nous croyait partis dans une autre ville...".

La version d'Anne-Marie ("Mimi") correspond au récit de la mère de Félicia, avec toutefois ce détail qui lui ressemble : "J'ai dit oui d'abord, et j'ai réfléchi ensuite...".

 

(Source : Emprin, Gil.- Anne-Marie Mingat-Lerme, Résistante à vie. Grenoble : Musée de la Résistance et de la Déportation de l'Isère, 2004)

 

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