• Jean Prévost et le maquis du Vercors

     

    Jean Prévost et le maquis du Vercors

     Le 6 juin 1944, le général de Gaulle termine une allocution par ces mots : "La bataille suprême est engagée...Les consignes données par le gouvernement français et les chefs français qu'il a qualifiés pour le faire, doivent être exactement suivis." Pour le Vercors, c'est la mise en oeuvre du "plan montagnards".

    Avec l'arrivée importante de nouvelles recrues, de nouvelles unités sont créées en différents points. Ce sont de petites unités de 60 à 100 hommes constituant des camps répertoriés, soit 3.000 hommes regroupés sur le plateau du Vercors.

    La mobilisation du Vercors fait suite à la mobilisation de tous les maquis de France (probablement une erreur, car il aurait fallu mobiliser les maquis en fonction des priorités et ne pas les exposer, sans soutien logistique conséquent). Mal armé, il n'est pas assez structuré pour une telle bataille. Le Vercors ignore que l'idée fondamentale des Alliés est de fournir un minimum d'armes pour ce maquis, afin d'assurer l'armement nécessaire aux combats des plages du littoral.

    A la suite du débarquement allié, Chavant décide de vérrouiller les accès les plus accessibles du Vercors. Il barre l'entrée qui va des Trois Pucelles aux gorges d'Engins, soit 4 km de distance. (...) Le ravitaillement est fourni par les agriculteurs : le Vercors doit vivre en autarcie totale. Le colonel Descours envoie d'urgence des demandes de matériel et d'essence à Alger. Jacques Soustelle, chef de la Direction Générale des Services Spéciaux, prend connaissance de ces messages : il demande, le 10 juin, aux FFI, de "freiner au maximum l'activité de guérilla".

    (...)

    Le 13 juin, les Allemands attaquent vers Saint-Nizier. De très violents combats mettent aux prises environ 400 hommes de part et d'autre. Ce premier jour, grâce au renfort du 6ème BCA, les ennemis sont repoussés. Mais la Wehrmacht va tirer la leçon de son échec.

    Le 15 juin, grâce à des miliciens infiltrés tirant à la mitraillette derrière les lignes de partisans, les Allemands avancent jusqu'à Saint-Nizier, en brûlant toutes les fermes et en achevant tous les blessés, les enterrant ou les brûlant sur place.

    (...)

    Le capitaine Tournissa est missionné par Jacques Soustelle pour aménager le terrain d'atterrissage  et préparer des liaisons radio avec les appareils alliés. Ainsi, Tournissa indique à Alger qu'un terrain de 1.050 mètres sur 140 pourra être utilisé dans la deuxième quinzaine de juillet. En découvrant l'aménagement électrique du terrain et certains travaux, les Allemands savent désormais qu'un atterrissage peut avoir lieu.

    Le 29 juin, un groupe appelé Eucalyptus est parachuté avec à sa tête, le lieutenant américain Paray. Il a pour mission de préparer les actions de guérilla et de sabotage dans les lignes de communication, de renseigner le commandement allié sur les forces militaires du Vercors, de la Drôme et de l'Isère, et sur la possibilité d'un débarquement aéroporté. Venu au Vercors, Yves Farges, commissaire de la République pour Rhône-Alpes, s'installe dans la mairie de La-Chapelle-en-Vercors. Là, il confirme l'existence de la "République française restaurée".

    La date du 14 juillet est choisie pour le parachutage par les Alliés, d'armes de toutes natures. Prévenus et irrités par ce parachutage, les Allemands envoient immédiatement leurs chasseurs bombarder le terrain. Les hommes requis parviennent à ramasser les armes parachutées. Toutes les lignes téléphoniques sont coupées et le plateau est privé de toute liaison extérieure.

    Des troupes allemandes arrivent à Grenoble le 17 juillet : il s'agit de la 157ème division d'infanterie de montagne et de la 9ème Panzer Division blindée : une attaque se prépare. La première des unités doit déloger de tous leurs sites les patriotes. La 9ème Division a pour mission de les exterminer dans la plaine où ils devront nécessairement se replier. 

    Le 21, l'attaque massive des Allemands sur le terrain de Vassieux (Drôme) marque le déclenchement de combats violents et sans relâche, qui dureront une dizaine de jours. Ce même jour, Jacques Descour est tué d'une balle dans la tête.

    Le 22, Chavant envoie ce message à Alger :

    La Chapelle, Vassieux, Saint-Martin bombardés par l'aviation allemande ; troupes ennemies parachutées sur Vassieux ; demandons bombardements immédiats ; temps écoulé depuis la mise en place de notre organisation : 6 semaines ; demandons ravitaillement en hommes, vivres, matériel ; moral de la population excellent, mais se retournera contre vous si vous ne prenez pas dispositions immédiates, et nous serons d'accord avec eux pour dire que ceux qui sont à Londres et Alger n'ont rien compris à la situation dans laquelle nous nous trouvons et sont considérés comme des criminels et des lâches. Nous disons bien criminels et lâches".

    A la réception de ce message, Jacques Soustelle ordonne l'envoi d'un commando au Vercors.

    A Vassieux, les ennemis sont attaqués mais les tentatives sont repoussées : les assaillants atteignent les premières maisons du village. Le 25 juillet, à La-Chapelle-en-Vercors (Drôme), les trois-quarts des maisons de village sont incendiées. Allemands et Autrichiens totalement ivres décident de tuer tous les jeunes hommes de la commune. Monsieur le curé Pitavy tente d'intervenir plusieurs fois, mais il n'est pas entendu par les officiers, occupés à leur beuverie. Mais sans son intervention, les Allemands auraient fait brûler la totalité de la population, comme à Oradour-sur-Glane.

    Le général Pflaum, commandant en chef allemand de la région sud de la France, ordonne à ses troupes d'anéantir tout ce qui peut rester du maquis, matériel et ravitaillement. Il parle, dans sa déclaration, de "ratissage" et donne un délai de 7 jours. Les maisons ayant hébergé des terroristes seront incendiées, les bovins et les porcs ne seront laissés aux habitants que dans la mesure de leurs besoins, afin d'éviter d'approvisionner d'autres personnes n'appartenant pas à la famille (l'armée allemande, elle, ayant le droit de se servir).

    Le 28 juillet, des fermes sont incendiées dans la forêt de Lente. 

    Les 29 et 30 juillet, un peu partout dans le massif, des Français sont interceptés et fusillés de la même façon que la veille : ainsi, un témoin a vu dans la forêt de Lente deux hommes pendus par les pieds, qui ont mis plusieurs jours à mourir. Malgré tous ces massacres, l'état-major allié n'a aucune réaction.

    Le 1er août, 5 hommes tentent de sortir du Vercors pour rejoindre Sassenage, puis le maquis de l'Oisans. En sortant des gorges d'Engins, au pont Charvet, ils sont abattus par des tireurs allemands postés. Parmi eux : l'écrivain Jean Prévost. Fin connaisseur de l'épopée napoléonienne, il avait publié une étude critique sur le mémorial de Sainte-Hélène. Sa vive déception à l'issue de la débâcle l'avait décidé à rejoindre le Vercors, où il participa à l'élaboration du "plan montagnards". Il avait 43 ans.

     

    (Source : Le Livre d'or de la Résistance)

     

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